Pas d'orchidées pour Betty Sue...

James Crumley

Le Dernier Baiser

 

Né au Texas en 1939, disparu en 2008, James Crumley est l'un des grands noms du polar musclé et l'une des figures dominantes de l’École du Montana (État où il était parti enseigner et qu'il ne quittera plus jusqu'à sa mort).

Après Fausse Piste, publié en 2016 chez Gallmeister, ce Dernier Baiser – le baiser de la mort – tout aussi réjouissant. Enfin, « réjouissant » si on peut dire, car avec James Crumley comme avec ses compadres d'écriture – les Craig Johnson, Peter Fromm, Larry McMurtry, Thomas McGuane, James Lee Burke, etc. – on ne fait pas dans la dentelle.

Le héros du Dernier Baiser, CW Sughrue, est un détective privé basé à Meriwheter, Montana. C'est un privé atypique. Il boit trop, et il trimballe sa carcasse d'ancien du Vietnam dans les bars, les low places, les honky tonks où il sait trouver de quoi étancher sa soif et, parfois, des renseignements utiles à ses enquêtes.

Là, il a décroché le jackpot. L'ex-épouse de Trahaerne, auteur à succès mais apparemment en panne d'inspiration et en pleine crise existentielle, le charge de retrouver le grand homme et de le ramener au bercail vite fait bien fait. Pour ce faire il a, une fois n'est pas coutume, un budget illimité.

Il ne va pas tarder, après avoir écumé une centaine de bars dans des États (et des états...) différents, à retrouver le lascar dépressif et largement imbibé dans un café miteux.

La proprio des lieux, Rosie, le charge d'une autre enquête : retrouver sa fille, Betty Sue Flowers, disparue corps et biens dix ans plus tôt, dans une rue de San Francisco. Elle est descendue de la voiture d'un copain qui la véhiculait et s'est volatilisée. Depuis, plus aucune nouvelle... Rosie n'a pas les moyens de l'ex-Mrs. Trahaerne : elle ne peut proposer que 87 dollars...

Il accepte cependant le deal et, encombré de Trahaerne qui s'est pris d'affection pour lui, et d'un bon vieux bulldog acariâtre, Fireball Roberts (seulement Fireball pour les intimes), le voilà reparti on the road again.

Au fil de sa quête, il va rencontrer l'ex-épouse de Trahaerne, Catherine ; son épouse en titre désormais, Miranda ; la mère abusive et teigneuse du grand homme et quelques méchants vraiment très méchants. Au cours des jours, la disparue, Betty Sue, dont il n'a qu'une photo du temps qu'elle était une ravissante lycéenne, prend une véritable dimension. Introuvable ? Il faut donc la retrouver. Donnée pour morte ? A vérifier de près. Toujours vivante ? Peut-être. Mais sous quelle improbable identité ?

Le café décati de la mère de Betty Sue et ses pittoresques clients, on aurait envie de les connaître. A l'écart de la route de Petaluma, c'est une ancienne station-service avec Pégase, le fantôme du cheval ailé, sur les vieux murs en bardeaux, des voitures abandonnées (dont une Henry J et une Dodge Charger), une enseigne brinquebalante qui dit simplement : « Beer ». Le tout sur fond de Willie Nelson et de Johnny Cash.

Un vrai refuge pour rednecks. Ce qui n'est pas pour déplaire à Crumley : « Les hommes sortent du véhicule (…). Je savais que c'était probablement le genre de types horribles qui sifflaient les jolies filles, traitant leurs femmes comme des esclaves et votant Nixon chaque fois qu'ils le pouvaient, mais pour moi, question travail comme question amusement, ils valaient mille fois mieux qu'une foutue cargaison de gauchistes roulant en Volvo ».

A signaler que l'ouvrage est en partie illustré par l'auteur de BD Thierry Murat : quelques pleines pages et des culs de lampe en noir et blanc qui accompagnent bien le récit. Mélancolique Crumley? Pas seulement. Il aimait la vie, les hommes et les femmes, la bière et le whiskey. Tout le reste n'étant, comme on le sait, que litre et ratures...

Alain Sanders

– Gallmeister

 

 

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