Guy Dubois : Les Chansons de cowboys

Let’s sing !

 

On doit déjà à Guy Dubois, docteur en études américaines, un livre intéressant, La Conquête de l’Ouest en chanson (L’Escarlate, 2011). Il est également coauteur de Hollywood, réflexions sur l’écran (Presses de l’Université de Provence, 1984).

Son dernier ouvrage, Les Chansons de cowboys, est sous-titré : « Etude sociologique 1840-1910 ». Que cette dénomination un peu universitaire n’effraie cependant pas le lecteur. Cet essai très aéré – et what else quand on parle des grands espaces – se lit facilement, égayé qu’il est par des extraits de nombreuses chansons devenues légendaires pour certaines.

Curieusement, Guy Dubois écrit que le cowboy « n’a inspiré aucune grande œuvre en littérature comme dans le domaine des arts ». Ah bon ? La musique ne serait pas un art ? Et les peintures de Remington et de Russell (pour ne citer que ces deux-là) ? Et les grands romans westerners, comme Lonesome Dove par exemple ou les romans de Louis l’Amour ? Et le cinéma nourri de la vie réelle ou mythifiée des hommes de l’Ouest ?

Cela dit, le travail de Guy Dubois, concentré sur « l’aspect documentaire de cette littérature musicale », est impeccable. Il note à juste titre : « Il m’a semblé qu’un déchiffrage systématique du vaste répertoire de ballades, de chants des métiers, de folksong et de chansons populaires américaines de l’époque, pouvait contribuer à enrichir la connaissance et la compréhension du phénomène cowboy tant en ce qui concerne le noyau de réalité que le halo mythique. »

Les cowboys ont toujours aimé chanter. Et il n’était pas de ranch qui ne comprenne dans son ameublement, même sommaire, un précieux gramophone. Les cowboys raffolaient d’abord des « vieilles chansons ». Celles qui les ont bercés, celles qui ont accompagné leur jeunesse puis leur vie de cowpunchers. Tandis que s’égrenaient les accords plaintifs de Carry Me Back To Old Virginia ou les notes sautillantes de O Suzanna !, les auditeurs étaient gagnés par l’émotion.

Au répertoire évocateur des airs anciens succédèrent celui des airs « à la mode », musique vivifiante (hot stuff) que l’on reprenait au refrain tandis que, souples comme des chats sauvages, de grands diables exécutaient une step dance.

Des « poètes à cheval », les cowboys ? Oui. Au cours de gardes de nuit naquirent des mélopées. Pour éviter le stampede, par exemple. Et les titres de ces chansons sont effectivement dignes d’une étude sociologique. De When Work All Done à The Cowboy Lament en passant par The Last Round-Up.

La véritable « découverte » de ces chansons date de 1908 avec le classique de John A. Lomax, Cowboy Ballads. A lui, et à Alan Lomax, on doit l’installation pérenne de standards comme Git Along Little Doggies ou Home On The Range.

Alain Sanders

- L’Harmattan, coll. « Musiques et Champ social »

 

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